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Revaloriser l'économie réelle

Changer le monde... une entreprise à la fois

31 mai 2010
Photo : Jacques Nadeau - Le Devoir Judy Servay dans le restaurant qu'elle a fondé et qu'elle dirige encore aujourd'hui, le Robin des Bois, qui redistribue tous ses profits à des organismes du milieu.
Photo : Jacques Nadeau - Le Devoir Judy Servay dans le restaurant qu'elle a fondé et qu'elle dirige encore aujourd'hui, le Robin des Bois, qui redistribue tous ses profits à des organismes du milieu.

Le Devoir, le 29 mai 2010, section  Actualités économiques

Par Alexandre Shields  

Dans la foulée de la profonde récession qui a balayé la planète, il a beaucoup été question de la nécessité de réformer le capitalisme et de ramener sur Terre une économie qui, à bien des égards, s'est éloignée de la réalité. Mais de là à passer de la parole aux actes... C'est justement l'objectif de l'Institut du Nouveau Monde, qui organise mardi prochain un premier Rendez-vous des entrepreneurs sociaux.

Car le constat est clair pour le directeur général de l'organisation, Michel Venne. «Nous sommes dans une économie de marché dans laquelle la finance a pris de plus en plus d'importance. Il y a donc une partie de notre économie qui s'est éloignée de la réalité. On peut faire fructifier de l'argent sans qu'il y ait eu production de biens et de services.» D'où un risque accru de dérapages aux conséquences dramatiques, tels ceux qui ont conduit le monde à la crise.

Il juge donc essentiel de tirer les leçons qui s'imposent en revalorisant l'économie «réelle», c'est-à-dire celle qui favorise une relation plus directe entre le producteur de biens ou de services et le consommateur. «Et toute l'économie sociale, c'est ça. Les entrepreneurs sociaux, c'est ce qu'ils ont en tête, affirme M. Venne. Un entrepreneur social veut gagner sa vie, mais son but premier n'est pas de maximiser ses profits. Il veut avoir un impact sur la société. Les bénéfices qui sont engendrés par son activité économique ne sont pas seulement financiers. Ils sont aussi sociaux et environnementaux.»

Et il existe des centaines d'exemples d'initiatives porteuses et bien ancrées dans leurs communautés respectives. L'Échappée bleue, par exemple, une coopérative de tourisme durable qui offre de l'hébergement en gîte d'étape au Saguenay-Lac-Saint-Jean. Le restaurant à but non lucratif Robin des Bois, à Montréal, où tous les profits sont redistribués à des organismes de charité qui oeuvrent dans la communauté afin de vaincre la solitude, l'isolement social et la pauvreté. Ou encore Troc-tes-trucs, où les gens peuvent échanger des objets de toutes sortes dans une optique de consommation plus responsable. Bref, on ratisse très large.

Durables et solides

Cette volonté de remettre l'être humain au centre du développement économique ne signifie pas pour autant qu'il faille se contenter de la précarité. «Il a été démontré par plusieurs recherches que les entreprises les plus durables et les plus solides en période de crise sont celles à propriété collective», souligne Michel Venne. Il va même plus loin: «Le jour où on donnera une valeur aux impacts sociaux et environnementaux positifs et qu'on associera un coût aux impacts négatifs, je vous assure que les profits des entreprises capitalistes d'aujourd'hui diminueront et que ceux de l'économie sociale augmenteront.»

Il faudra cependant que l'«innovation sociale» — thème central du forum organisé mardi prochain à Montréal — soit davantage comprise et valorisée. «Il existe plusieurs programmes pour soutenir l'innovation technologique, mais presque pas pour soutenir l'innovation sociale, soutient M. Venne. C'est une notion que les responsables des ministères économiques ne connaissent pas. Elle a pourtant une valeur économique.»

Dans la définition qu'en donne le directeur de l'Institut du Nouveau Monde, une «innovation sociale» consiste essentiellement à transformer une idée locale en un changement qui puisse toucher un plus grand nombre de personnes, sinon l'ensemble de la société. Il cite en exemple le cas des Centres de la petite enfance, nés de garderies populaires il y a de cela plus de trois décennies.

Avec le Rendez-vous des entrepreneurs sociaux, on ambitionne d'ailleurs de stimuler cette idée, relativement nouvelle, d'innovation sociale. Comment? En aidant ces entrepreneurs sociaux actifs ou en devenir à trouver les moyens d'améliorer le fonctionnement de leur entreprise, voire de la faire croître. D'où l'idée d'inviter le fondateur de Communauto, un service d'autopartage souvent cité comme un exemple de réussite et qui connaît une popularité croissante, et ce, depuis des années.

La croissance du secteur est par ailleurs importante, rappelle Pascale Caron, conseillère en développement stratégique à la Caisse d'économie solidaire Desjardins. «C'est un modèle très bien implanté en régions, puisque les jeunes trouvent naturellement leur voie vers les coopératives. C'est aussi une façon de développer une économie plus responsable et plus près des besoins des communautés.»

La Caisse d'économie solidaire — dont la mission consiste à soutenir le développement de l'économie solidaire en misant sur le «placement à rendement social» — a dépassé l'an dernier le cap du milliard de dollars de volume d'affaires. Et Mme Caron souligne que la croissance est au rendez-vous, stimulée notamment par... la récession mondiale.
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